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L’OR. — LE FISC. — LES TEMPLIERS

à exploiter, le fonds sur lequel il comptait, c’était son pape. S’il l’avait acheté, ce pape, s’il l’engraissait de vols et de pillages, ce n’était point pour ne s’en pas servir, mais bien pour en tirer parti, pour lui lever, comme le juif, une livre de chair sur tel membre qu’il voudrait.

Il avait un moyen infaillible de presser et de pressurer le pape, un tout-puissant épouvantait, savoir, le procès de Boniface VIII. Ce qu’il demandait à Clément, c’était précisément le suicide de la papauté. Si Boniface était hérétique et faux pape, les cardinaux qu’il avait faits étaient de faux cardinaux. Benoît XI et Clément, élus par eux, étaient à leur tour faux papes et sans droit, et non seulement eux, mais tous ceux qu’ils avaient choisis ou confirmés dans les dignités ecclésiastiques ; non seulement leurs choix, mais leurs actes de toute espèce. L’Église se trouvait enlacée dans une illégalité sans fin. D’autre part, si Boniface avait été vrai pape, comme tel il était infaillible, ses sentences subsistaient, Philippe-le-Bel restait condamné.

À peine intronisé, Clément eut à entendre l’aigre et impérieuse requête de Nogaret, qui lui enjoignait de poursuivre son prédécesseur. Le marché à peine conclu, le Diable demandait son payement. Le servage de l’homme vendu commençait ; cette âme, une fois garrottée des liens de l’injustice, ayant reçu le mors et le frein, devait être misérablement chevauchée jusqu’à la damnation.

Plutôt que de tuer ainsi la papauté en droit, Clément avait mieux aimé la livrer en fait. Il avait créé