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m’en doutais guère lorsque je commençai. Je croyais faire un abrégé de quelques volumes, peut-être en quatre ans, en six ans. Mais on n’abrège que ce qui est bien connu. Et ni moi, ni personne alors ne savait cette histoire.

Après mes deux premiers volumes seulement, j’entrevis dans ses perspectives immenses cette terra incognita. Je dis : « Il faut dix ans »... Non, mais vingt, mais trente... Et le chemin allait s’allongeant devant moi. Je ne m’en plaignais pas. Aux voyages de découvertes, le cœur s’étend, grandit, ne voit plus que le but. On s’oublie tout à fait. Il m’en advint ainsi. Poussant toujours plus loin dans ma poursuite ardente, je me perdis de vue, je m’absentai de moi. J’ai passé à côté du monde, et j’ai pris l’histoire pour la vie.

La voici écoulée. Je ne regrette rien. Je ne demande rien. Eh ! que demanderais-je, chère France, avec qui j’ai vécu, que je quitte à si grand regret ! Dans quelle communauté j’ai passé avec toi quarante années (dix siècles) ! Que d’heures passionnées, nobles, austères, nous eûmes en-

    des trois grands corps d’archives de ces temps qu’on a à Paris. Louis Blanc (malgré son mérite, son talent que j’honore) put-il la deviner ? Put-il la faire à Londres avec quelques brochures ? J’ai bien de la peine à le croire. — Lisez au reste et comparez.