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HISTOIRE DE FRANCE

distinctif de la doctrine mythologique des anciens Irlandais, tel est le résume de tout notre travail. » Cette conclusion est presque identique a celle qu’a obtenue Schelling à la suite de ses recherches sur les Cabires de Samothrace. « La doctrine des Cabires, dit-il, était un système qui s’élevait des divinités inférieures, représentant les puissances de la nature, jusqu’à un Dieu supra-mondain qui les dominait toutes ; » et dans un autre endroit : « La doctrine des Cabires, dans son sens le plus profond, était l’exposition de la marche ascendante par laquelle la vie se développe dans une progression successive, l’exposition de la magie universelle, de la théurgie permanente qui manifeste sans cesse ce qui, de sa nature, est supérieur au monde réel, et fait apparaître ce qui est invisible.

« Cette presque identité est d’autant plus frappante que les résultats ont été obtenus par deux voies diverses. Partout je me suis appuyé sur la langue et les traditions irlandaises, et je n’ai rapporté les étymologies et les faits présentés par Schelling que comme des analogies curieuses, non pas comme des preuves. Les noms d’AxiRE, d’AxcEARAs, de Coismaol et de Gabur se sont expliqués par l’irlandais, comme l’ont étS par l’hébreu les noms d’AxiEROS, d’AxioKERSos, de Casmilos et de Kabeiros. Qui ne reconnaîtrait là une connexion évidente ?

« D’ailleurs Strabon parle expressément de l’analogie du culte de Samothrace avec celui de l’Irlande. Il dit, d’après Artémidore, qui écrivait cent ans avant notre ère : Ott ^a^lv elç r ? j7cv Tupoç —fi Bpsr : avty/ ? j, y.aO’jjv cjxoïa "oTç ev Ea^cOpaxY] Tuepi tyjv Ayj^Tpav xat tyjv Kspyjv fepoiwtetTai. (Ed. Casaubon, IV, p. 137.) On cite encore un passage de Denys-le-Périégètc, mais plus vague et peu concluant (v, 305).

« Celui en qui ce système trouve son unité, c’est Samhax, le mauvais esprit (Satan), l’image du soleil (littéralement Samhan), le juge des âmes, qui les punit en les renvoyant sur la terre ou en les envoyant en enfer. Il est le maître de la mort (Bal-Sab). C’était la veille du 1 er novembre qu’il jugeait les âmes de ceux qui étaient morts dans l’année : ce jour s’appelle encore aujourd’hui la nuit de Samhan (Beaufort et Vallancey, Collectanea de rébus hibernicis (t. IV, p. 83). — C’est le Cadmilos ou Kasmilos de Samothrace, ou le Camillus des Étrusques, le serviteur (coismaol, cadmaol, signifie en irlandais serviteur). Samhan est donc le centre d’association des Cabires (sam, sum, cum, indiquent l’union en une foule de langues). On lit dans un ancien Glossaire irlandais : « Samhandraoic, eadhon Cabur,