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HISTOIRE DE FRANCE

les plus illustres, je m’étais fait le docile interprète de la narration du temps, son traducteur servile ? Entrant aux siècles riches en actes et en pièces authentiques, l’histoire devient majeure, maîtresse de la chronique qu’elle domine, épure et juge. Armée de documents certains qu’ignora cette chronique, l’histoire, pour ainsi dire, la tient sur ses genoux comme un petit enfant dont elle écoute volontiers le babil, mais qu’il lui faut souvent reprendre et démentir.

Un exemple suffit pour me faire bien comprendre, celui que j’indiquais plus haut. Dans l’agréable histoire où M. de Barante suit si fidèlement, pas à pas, nos conteurs, Froissart, etc., il semble qu’il ne peut pas beaucoup se tromper en s’attachant à ces contemporains. Puis en voyant les actes, les documents divers, alors si dispersés, aujourd’hui réunis, on reconnaît que la chronique méconnut, ignora les grands aspects du temps. C’est un siècle déjà financier et légiste sous forme féodale. C’est souvent Pathelin sous le masque d’Arthur. L’avènement de l’or, du juif, le tissage des Flandres, le dominant commerce des laines en Angleterre et en Flandre, c’est ce qui permit aux Anglais de vaincre par des troupes régulières, en partie mercenaires, soldées. La révolution écono-