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vement du cœur, n’allaient guère dans mon petit livre inspiré de Juillet et de la Liberté, de sa victoire sur le clergé. Elles détonnaient fort à côté de Satan, que ce livre présente comme un mythe de la liberté. N’importe. Elles y sont, et me font rire encore. De telles contradictions apparentes n’embarrassaient guère un jeune artiste, de foi arrêtée, mais candide, et sans calcul, sentant peu le péril d’être tendre pour l’ennemi.

J’étais artiste et écrivain alors, bien plus qu’historien. Il y paraît aux deux premiers volumes (France du moyen âge). On n’avait pas encore publié tous les documents qui ont éclairé ces ténèbres, l’abîme de ces longues misères. Le grand effet d’ensemble qui en sortait pour moi était celui d’une harmonie lugubre, symphonie colossale, dont les dissonances innombrables frappaient encore peu mon oreille. C’est un défaut très grave. Le cri de la Raison par Abailard, l’immense mouvement de 1200, si cruellement étouffé, y sont trop peu sentis, trop immolés à l’effet artistique de la grande unité.

Et pourtant aujourd’hui, ayant traversé tant d’années, des âges, des mondes différents, en relisant ce livre, et voyant très bien ses défauts, je dis :

« On ne peut y toucher. »