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forte, lui donnèrent la solidité, les robustes bases du temps.

J’étais libre par la solitude, la pauvreté et la simplicité de vie, libre par mon enseignement. Sous le ministère Martignac (un court moment de libéralité), on s’avisa de refaire l’Ecole normale, et M. Letronne, que l’on consulta, me fit donner l’enseignement de la philosophie et de l’histoire. Mon Précis, mon Vico, publiés en 1827, lui paraissaient des titres suffisants. Ce double enseignement que j’eus encore plus tard au Collège de France, m’ouvrait un infini de liberté. Mon domaine sans bornes comprenait tout fait, toute idée.

Je n’eus de maître que Vico. Son principe de la force vive, de l’humanité qui se crée, fit et mon livre et mon enseignement.

Je restai à bonne distance des doctrinaires, majestueux, stériles, et du grand torrent romantique de « l’art pour l’art ». J’avais mon monde en moi. En moi j’avais ma vie, mes renouvellements et ma fécondité ; mais mes dangers aussi. Quels ? mon cœur, ma jeunesse, ma méthode elle-même, et la condition nouvelle imposée à l’histoire : non plus de raconter seulement ou juger, mais d'évoquer, refaire, ressusciter les âges. Avoir assez de