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MON JOURNAL.


nêtre , vint à moi, criant : « Tiens, voilà Poinsol ! Toujours le même, n’est-ce pas ? toujours troublé quand on va tailler en plein dans des chairs de femme ? ah ! ah ! ah ! » L’entrée du prosecteur mit fin à leurs railleries. Froid et grave, il regarda la morte un instant, puis il prit et souleva, l’un après l’autre, chacun des membres qui retomba sur la dalle, avec le bruit mat et sourd particulier aux choses mortes. L’épreuve étant faite, la dissection commença.

Au premier coup de scalpel porté dans la région supérieure de la poitrine, rien ne bougea. Le. visage resta doux et triste, mais insensible. Au second coup, un mince filet de sang rouge se mit à couler lentement de la blessure. La main du prosecteur trembla : « Qu’est-ce ceci ? La mort ne serait-elle qu’une apparence ?... » Il redressa vivement le cadavre, un râle sortit de sa poitrine, suivi bientôt d’un brusque mouvement convulsif. La morte n’était qu’en léthargie ; nous étions en train de disséquer une femme vivante ! »



Mettrai-je sur le papier, tout mon cœur et son tourment [1] ?... Avant-hier matin, j’ai revu Thérèse !

  1. Ce fragment est sans date, mais le ton du journal, dans les pages qui suivent, indique que c’est ici sa vraie place.