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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/82

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avait réussi à fonder une académie, où se trouvait réunie la fleur des hommes de lettres ; on y était admis sur la proposition de D. Federico Pappacoda, chevalier napolitain, littérateur d’un goût exquis et excellent appréciateur des gens de lettres, et sur celle de D. Nicolo Garavita. Ainsi la belle littérature commençait à être en honneur parmi la noblesse. Jaloux d’être compté au nombre de ces académiciens, Vico s’adonna entièrement à la culture des lettres.

On dit que la fortune est l’amie de la jeunesse. En effet, les jeunes gens choisissent, à leur gré, les arts et les professions qui fleurissent lorsqu’ils entrent dans le monde. Mais le monde, de sa nature, aime à varier ses goûts d’année en année, et les jeunes gens vieillissent riches d’un savoir qui n’est plus de mode ni d’usage. Aussi, tout à coup, s’opéra-t-il dans Naples un changement complet dans les lettres, et lorsque l’on croyait voir rétablie pour longtemps la bonne littérature du seizième siècle, le départ du vice-roi amena un nouvel ordre de choses qui, contre toute attente, ruina cette littérature. Les écrivains les plus distingués qui, deux ou trois ans auparavant, soutenaient que la métaphysique devait être confinée dans les cloîtres, se prirent de passion pour elle, l’étudiant, non plus dans Platon, avec le secours des Ficin, auteurs dont le seizième siècle avait tiré tant de fruit, mais dans les Méditations de Descartes, d’où est sorti son livre de la Méthode, Dans ce livre, il blâme l’étude des langues, celle des orateurs, des historiens et des poètes ; il leur préfère sa métaphysique, sa physique et ses mathématiques, et réduit ainsi la littérature aux connaissances des Arabes. Quelque savants, quelque