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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/8

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pittoresque. C’est le même que Vico plaça en tête de la seconde édition de la Scienza nuova (1730).

La femme, à tête ailée, dont les pieds posent sur le globe et sur l’autel qui le soutient, c’est la philosophie, la métaphysique. Ce globe est le monde social fondé sur la religion du mariage et des tombeaux, autrement dit sur la perpétuité des familles ; c’est ce qu’indiquent la torche, la pyramide, etc. La philosophie sociale s’élance du monde, comme pour remonter vers Dieu son auteur [1]. De l’œil divin part un rayon qui, se réfléchissant en elle, va frapper, illuminer la statue de l’aveugle Homère, représentant du génie populaire, de la poésie instinctive des nations, d’où leur civilisation doit sortir. La statue vieille et lézardée porte sur une base ruineuse ; il semble que le rayon la détruise en l’éclairant. C’est qu’en effet, cet Homère

  1. L’idée première de cette image emblématique est platonicienne et dantesque. Elle semble empruntée aux vers du Paradis : « Comme l’oiseau dans sa feuille chérie, impatient de la nuit qui le prive de voir sa couvée et d’aller lui quérir la pâture, il devance l’heure, sort des rameaux, attend, et regarde d’ardent désir, pour qu’enfin vienne l’aurore. Telle Celle que j’aime se dressait attentive… Moi, la voyant suspendue et avide, je restais comme celui qui voudrait bien encore, et qui cependant jouit de l’espoir… (Parad., C. XXIII.) — Je regardai les yeux de Celle qui emparadisa ma pensée ; et comme un homme qui voit dans un miroir l’image d’un flambeau avant le flambeau même, il se retourne, il compare, et voit la flamme et le miroir s’accorder comme en un chant l’air et les paroles ; ainsi je fus frappé, etc. (Ibid., C. XXVIII). »