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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/78

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Buragna avait bien remis en honneur la bonne poésie mais il l’avait resserrée dans des limites trop étroites, se bornant à imiter Giovanni della Casa, sans puiser la délicatesse ou la force aux sources grecques ou latines, aux limpides ruisseaux de Pétrarque ou au torrent profond de Dante. Le très érudit signer Lionardo de Capoue avait restauré la belle langue toscane dans sa grâce et son élégance ; mais malgré ces deux qualités, on n’avait point de discours animé par l’art des Grecs, par leur habileté à caractériser les mœurs, ou empreint de la grandeur et du pathétique romains. Enfin, le signer Tommaso Cornelio, savant latiniste, avait, par la pureté de ses progymnases, frappé d’étonnement l’esprit de la jeunesse, plutôt qu’il n’avait ranimé son zélé pour l’étude de la langue latine. Aussi Vico bénit le ciel de n’avoir point encore eu à jurer sur la parole du maître, et rendit grâce à ses forêts où, guidé par son bon génie, il avait, sans préférence d’école, presque achevé le cours de ses études, loin des villes où le goût littéraire change comme les modes, tous les deux ou trois ans. Chacun négligeait alors l’étude de la bonne prose latine. Vico résolut de s’y livrer avec d’autant plus d’ardeur. Apprenant que Cornelio n’était pas fort en grec, qu’il n’avait pas travaillé la langue toscane, et qu’il n’aimait que peu ou point la critique ; ayant en outre observé que les polyglottes, par cela même qu’ils savent plusieurs langues, n’en parlent aucune avec pureté ; que les critiques ne peuvent jamais connaître les beautés, habitués qu’ils sont à noter plutôt les défauts, il se détermina à abandonner le grec et la langue toscane, il ne voulut jamais apprendre le français, et il se concentra uniquement