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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/641

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gouvernaient les familles par les auspices, succéda le gouvernement héroïque, où les héros régnaient eux-mêmes, et dont la base principale fut la religion, privilège du corps des pères qui leur assurait celui de tous les droits civils. Mais comme la noblesse était devenue un don de la fortune, du milieu des nobles mêmes s’éleva l’ordre des pères qui, par leur âge, étaient les plus dignes de gouverner ; et entre les pères eux-mêmes, les plus courageux, les plus robustes furent pris pour rois, afin de conduire les autres, et d’assurer leur résistance contre leurs clients mutinés[1].

Lorsque, par la suite des temps, l’intelligence des plébéiens se développa, ils revinrent de l’opinion qu’ils s’étaient formée de l’héroïsme et de la noblesse, et comprirent qu’ils étaient hommes aussi bien que les nobles. Ils voulurent donc entrer aussi dans l’ordre des citoyens. Comme la souveraineté devait avec le temps être étendue à tout le peuple, la Providence permit que les plébéiens rivalisassent longtemps avec les nobles de piété et de religion, dans ces longues luttes qu’ils soutenaient contre eux, avant d’avoir part au droit des auspices et à tous les droits publics et privés, qui en étaient regardés comme autant de dépendances. Ainsi le zèle même du peuple pour la religion le conduisait à la souveraineté civile. C’est en cela que le peuple romain surpassa tous les autres ; c’est par là qu’il mérita d’être le peuple roi. L’ordre naturel se mêlant ainsi de plus en plus à l’ordre civil, on vit naître les républiques populaires. Mais comme tout

  1. Ces rois des aristocraties ne doivent pas être confondus avec les monarques. (Note du Trad.)