Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/62

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


savoir s’il avait fait des progrès en poésie, Vico soumit à sa critique une canzone sur la rose. Cette pièce plut tellement au jésuite, du reste homme de cœur et de mérite, que, malgré la gravité de son âge et sa haute réputation d’éloquence, il ne put s’empêcher de réciter à son tour à un jeune homme qu’il voyait pour la première fois une de ses idylles sur le même sujet. L’application aux subtilités de l’école avait engendré chez Vico l’amour de cette poésie, amie du faux qui se plaît ridiculement à le mettre en saillie pour produire un effet de surprise, et qui, par cela même, déplaît aux esprits graves, et séduit les jeunes et faibles imaginations. L’on pourrait même dire que c’est une distraction presque nécessaire à des jeunes gens, dont l’esprit glacé par l’étude de la métaphysique a besoin, pour ne pas s’engourdir et se dessécher entièrement, de se réchauffer et de prendre l’essor, de peur que la froide sévérité d’une raison trop précoce ne les rende incapables de produire.

Le tempérament de Vico, assez délicat, était menacé d’étisie, et la modicité de sa fortune ne lui permettait pas de satisfaire un désir ardent de vaquer à ses études ; il avait surtout en horreur le tumulte du barreau, lorsqu’une heureuse circonstance lui fît rencontrer dans une bibliothèque Mgr l’évêque d’Ischia, G.-B. Rocca, jurisconsulte des plus distingués, comme on le voit par ses ouvrages. Il eut avec lui, sur la bonne méthode à suivre pour l’enseignement du droit, un entretien dont monseigneur fut si charmé qu’il l’engagea à diriger ses neveux dans cette étude. Ils habitaient, sous un ciel pur, un château délicieusement situé sur les terres d’un de ses frères, D. Dome-