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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/553

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tragikôtatos. Ils placent dans le même âge Aristophane, premier auteur de la vieille comédie, dont les Nuées perdirent le vertueux Socrate. Cet abus ouvrit la route de la nouvelle comédie que Ménandre suivit plus tard.

Pour résoudre ces difficultés, il faut reconnaître qu’il y eut deux sortes de poètes tragiques, et autant de lyriques. Les anciens lyriques furent sans doute les auteurs des hymnes en l’honneur des dieux, analogues à ceux que l’on attribue à Homère, et écrits aussi en vers héroïques. Chez les Latins, les premiers poètes furent les auteurs des vers saliens, sorte d’hymnes chantés dans les fêtes des dieux par les prêtres saliens. Ce dernier mot vient peut-être de salire, saltare, danser, de même que chez les Grecs le premier chœur avait été une danse en rond. Tout ceci s’accorde avec nos principes : les hommes des premiers siècles, qui étaient essentiellement religieux, ne pouvaient louer que les dieux. Au moyen âge, les prêtres, qui seuls alors étaient lettrés, ne composèrent d’autres poésies que des hymnes.

Lorsque l’âge héroïque succéda à l’âge divin, on n’admira, on ne ne célébra que les exploits des héros. Alors parurent les poètes lyriques semblables à l’Achille de l’Iliade, lorsqu’il chante sur sa lyre les louanges des héros qui ne sont plus[1]. Les nouveaux lyriques furent ceux qu’on appelait melici, ceux qui écrivirent ce genre de vers que nous appelons arie per musica ; le prince de ces lyriques est Pindare. Ce genre de vers dut venir après l’iambique, qui lui-même, ainsi que nous l’avons vu, succéda à l’héroïque. Pindare vint au temps où la vertu grecque éclatait dans les pompes des jeux olympiques au milieu d’un peuple admirateur ; là chantaient les poètes lyriques. De même Horace parut à l’époque de la plus haute splendeur de Rome ; et chez les Italiens, ce genre de poésie n’a été connu qu’à l’époque où les mœurs se sont adoucies et amollies.

Quant aux tragiques et aux comiques, on peut tracer ainsi la route qu’ils suivirent. Thespis et Amphion, dans deux parties différentes de la Grèce, inventèrent pendant la saison des vendanges[2]

  1. Amphion dut appartenir à cette classe. Il fut en outre l’inventeur du dithyrambe, première ébauche de la tragédie écrite en vers héroïques (nous avons démontré que ce vers fut le premier chez les Grecs). Ainsi le dithyrambe d’Amphion aurait été la première satire ; on vient de voir que c’est en parlant de la satire qu’Horace commence à traiter de la tragédie. (Vico.)
  2. Il peut être vrai en ce sens que Bacchus, dieu de la vendange, ait commandé à Eschyle de composer des tragédies. (Vico.)