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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/549

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Ulysse, le héros de la sagesse. Au temps de la jeunesse d’Homère, la fierté d’Agamemnon, l’insolence et la barbarie d’Achille plaisaient aux peuples de la Grèce. Lors de sa vieillesse, ils aimaient déjà le luxe d’Alcinoüs, les délices de Calypso, les voluptés de Circé, les chants des Sirènes et les amusements des amants de Pénélope. Comment, en effet, rapporter au même âge des mœurs absolument opposées ? Cette difficulté a tellement frappé Platon que, ne sachant comment la résoudre, il prétend que, dans les divins transports de l’enthousiasme poétique, Homère put voir dans l’avenir ces mœurs efféminées et dissolues. Mais n’est-ce pas attribuer le comble de l’imprudence à celui qu’il nous présente comme le fondateur de la civilisation grecque ? Peindre d’avance de telles mœurs, tout en les condamnant, n’est-ce pas enseigner à les imiter ? Convenons plutôt que l’auteur de l’Iliade dut précéder de longtemps celui de l’Odyssée que le premier, originaire du nord-est de la Grèce, chanta la guerre de Troie qui avait eu lieu dans son pays ; et que l’autre, né du côté de l’Orient et du midi, célèbre Ulysse qui régnait dans ces contrées. — 4. Le caractère individuel d’Homère disparaissant ainsi dans la foule des peuples grecs, il se trouve justifié de tous les reproches que lui ont faits les critiques, et particulièrement de la bassesse des pensées, de la grossièreté des mœurs, de ses comparaisons sauvages, des idiotismes, des licences de versification, de la variété des dialectes qu’il emploie ; enfin d’avoir élevé les hommes à la grandeur des dieux, et fait descendre les dieux au caractère d’hommes. Longin n’ose défendre de telles fables qu’en les expliquant par des allégories philo-