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tables, et le Boiardo, l’Arioste, nés dans un siècle éclairé par la philosophie, tirèrent les sujets de leurs poèmes de la chronique de l’archevêque Turpin. C’est par l’effet de ce défaut de réflexion, qui rend les barbares incapables de feindre, que Dante, tout profond qu’il était dans la sagesse philosophique, a représenté dans sa Divine Comédie des personnages réels et des faits historiques. Il a donné à son poème le titre de Comédie, dans le sens de l'ancienne comédie des Grecs, qui prenait pour sujet des personnages réels. Dante ressemblât, sous ce rapport à l’Homère de l’Iliade, que Longin trouve toute dramatique, tout en actions, tandis que l’Odyssée est tout en récits. Pétrarque, avec toute sa science, a pourtant chanté dans un poème latin la seconde guerre punique ; et ses poésies italiennes, les Triomphes, où il prend le ton héroïque, ne sont autre chose qu’un recueil d’histoires. — Une preuve frappante que les premières fables furent des histoires, c’est que la satire attaquait non seulement des personnes réelles, mais les personnes les plus connues ; que la tragédie prenait pour sujet des personnages de l’histoire poétique, que l’ancienne comédie jouait sur la scène des hommes célèbres encore vivants. Enfin la nouvelle comédie, née à l’époque où les Grecs étaient le plus capables de réflexion, créa des personnages tout d’invention ; de même, dans l’Italie moderne, la nouvelle comédie ne reparut qu’au commencement de ce quinzième siècle déjà si éclairé. Jamais les Grecs et les Latins ne prirent un personnage imaginaire pour sujet principal d’une tragédie. Le public moderne, d’accord en cela avec l’ancien, veut que les opéras dont les sujets sont tragiques, soient historiques pour