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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/516

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toujours aux rois l’épithète de polumèlous, riches en troupeaux. Les anciens Latins appelaient le patrimoine pecunia, a pecude. Chez les Grecs le même mot, mèlon, signifie pomme et troupeau, peut-être parce qu’on attachait un grand prix à ce fruit.] L’or du premier âge n’étant plus un métal, on conçoit le rameau de Proserpine dont parle Virgile, et tous les trésors que roulaient dans leurs eaux le Nil, le Pactole, le Gange et le Tage.

Les premiers essais de l’agriculture furent exprimés symboliquement par trois nouveaux dieux, savoir : Vulcain, le feu qui avait fécondé la terre ; Saturne, ainsi nommé de sata, semences [ce qui explique pourquoi l’âge de Saturne du Latium répond à l’âge d’or des Grecs] ; en troisième lieu Cybèle, ou la terre cultivée. On la représente ordinairement assise sur un lion, symbole de la terre qui n’est pas encore domptée par la culture. La même divinité fut pour les Romains Vesta, déesse des cérémonies sacrées. En effet, le premier sens du mot colere fut cultiver la terre ; la terre fut le premier autel, l’agriculture fut le premier culte. Ce culte consista originairement à mettre le feu aux forêts et à immoler sur les terres cultivées les vagabonds, les impies qui en franchissaient les limites sacrées, Saturni hostiæ. Vesta, toujours armée de la religion farouche des premiers âges, continua de garder le feu et le froment. Les noces se célébraient aqua, igni et farre ; les noces appelées nuptiœ conferreatæ devinrent particulières aux prêtres, mais dans l’origine il n’y avait eu que des familles de prêtres. — Les combats livrés par les pères de famille aux vagabonds qui envahissaient leurs terres, donnèrent lieu à la création du dieu Mars.

Mais les héros reçoivent ceux qui se présentent en suppliants. La comparaison des deux classes d’hommes qui composent ainsi la société naissante, fait naître l’idée de Vénus, déesse de la beauté civile, de la noblesse. Honestas signifie à la fois noblesse, beauté et vertu. Les enfants nés hors les mariages solennels étaient, légalement parlant, des monstres.

Mais les plébéiens prétendent bientôt au droit des mariages qui entraîne tous les droits civils. On distingue alors Vénus patricienne et Vénus plébéienne ; la première est traînée par des cygnes, l’autre par des colombes, symbole de la faiblesse, et pour cette raison souvent opposées, par les poètes, à l’aigle, à l’oiseau de Jupiter. Les prétentions des plébéiens sont marquées par les fables d’Ixion, amoureux de Junon ; de Tantale toujours altéré au milieu des eaux ; de Marsyas et de Linus qui défient Apollon au combat du chant, c’est-à-dire qui lui disputent le privilège des auspices (canere, chanter et prédire). Le succès ne répond pas toujours à