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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/51

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jouer avec ses filles aux heures que lui laissaient d’ennuyeux devoirs. Un ami qui le trouvait un jour avec elles ne put s’empêcher de répéter ce passage du Tasse : C’est Alcide qui, la quenouille en main, amuse de récits fabuleux les filles de Méonie. Ce bonheur domestique était lui-même mêlé d’amertume. Un de ses enfants fut atteint d’une maladie longue et cruelle. Un autre devint, par sa mauvaise conduite, la honte de sa famille, et Vico fut obligé de demander qu’il fût enfermé.

À l’avènement de la maison de Bourbon, sa condition sembla s’améliorer ; il fut nommé historiographe du roi et obtint que son fils Gennaro Vico, dont on connaissait le mérite et la probité, lui succédât comme professeur ; mais ces faveurs venaient bien tard. Il languissait déjà sous le poids de l’âge et des plus douloureuses infirmités. Enfin, ses forces diminuant tous les jours, il resta quatorze mois sans parler et sans reconnaître ses propres enfants. Il ne sortit de cet état que pour s’apercevoir de sa mort prochaine, et, après avoir rempli le devoir d’un chrétien, il expira en récitant les psaumes de David, le 20 janvier 1744. Il avait soixante-seize ans accomplis.

Ne quittons point cet homme rare sans apprendre de lui-même comment il supporta ses malheurs : « Qu’elle soit à jamais louée, dit-il dans une lettre, cette Providence qui, lors même qu’elle semble à nos faibles yeux une justice sévère, n’est qu’amour et que bonté. Depuis que j’ai fait mon grand ouvrage, je sens que j’ai revêtu un nouvel homme. Je n’éprouve plus la tentation de déclamer contre le mauvais goût du siècle, puisqu’en me repoussant