Ouvrir le menu principal

Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/448

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans leur vie vagabonde, une complexion robuste pour supporter l’inclémence de l’air et l’intempérie des saisons ; il leur fallait des forces extraordinaires pour pénétrer la grande forêt qui couvrait la terre, et qui devait être si épaisse dans les temps voisins du déluge…

La grande idée de la science économique fut réalisée dès l’origine, savoir : qu’il faut que les pères, par leur travail et leur industrie, laissent à leurs fils un patrimoine où ils trouvent une subsistance facile, commode et sûre, quand même ils n’auraient plus aucun rapport avec les étrangers, quand même toutes les ressources de l’état social viendraient à leur manquer, quand même il n’y aurait plus de cités ; de sorte qu’en supposant les dernières calamités, les familles subsistent, comme origine de nouvelles nations. Ils doivent laisser ce patrimoine dans des lieux qui jouissent d’un air sain, qui possèdent des sources d’eaux vives, et dont la situation, naturellement forte, leur assure un asile dans le cas où les cités périraient ; il faut enfin que ce patrimoine comprenne de vastes campagnes assez riches pour nourrir les malheureux qui, dans la ruine des cités voisines, viendraient s’y réfugier, les cultiveraient et en reconnaîtraient le propriétaire pour seigneur. Ainsi la Providence ordonna l’état de famille, employant, non la tyrannie des lois, mais la douce autorité des coutumes. (Yoy. axiome 104, le passage cité de Dion-Cassius.) Les forts, les puissants des premiers âges, établirent leurs habitations au sommet des montagnes. Le latin arces, l’italien rocce, ont, outre leur premier sens, celui de forteresses.

Tel fut l'ordre établi par la Providence, pour com-