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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/443

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rement que la fille qui se marie prende sorte. Aussi est-ce un principe du droit des gens que la femme suive la religion publique de son mari. — La seconde solennité consiste dans le voile dont la jeune épouse se couvre en mémoire de ce premier mouvement de pudeur qui détermina l’institution des mariages. — La troisième, toujours observée par les Romains, fut d’enlever l’épouse avec une feinte violence pour rappeler la violence véritable avec laquelle les géants entraînèrent les premières femmes dans leurs cavernes.

Les hommes se créèrent, sous le nom de Junon, un symbole de ces mariages solennels. C’est le premier de tous les symboles divins après celui de Jupiter…


Considérons le genre de vertu que la religion donna à ces premiers hommes : ils furent prudents de cette sorte de prudence que pouvaient donner les auspices de Jupiter ; justes envers Jupiter en le redoutant (Jupiter, jus et pater) et envers les hommes en ne se mêlant point des affaires d’autrui. C’est l’état des géants, tels que Polyphème les représente à Ulysse, isolés dans les cavernes de la Sicile. Cette justice n’était au fond que l’isolement de l’état sauvage. Ils pratiquaient la continence, en ce qu’ils se contentaient d’une seule femme pour la vie. Ils avaient le courage, l’industrie, la magnanimité, les vertus de l’âge d’or, pourvu que nous n’entendions point par âge d’or ce qu’ont entendu dans la suite les poètes efféminés. Les vertus du premier âge, à la fois religieuses et barbares, furent analogues à celles qu’on a tant louées dans les Scythes, qui enfonçaient un couteau en terre, l’ado-