Ouvrir le menu principal

Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/438

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


temps après, et qui nous en représentent la vieillesse, fondèrent le monde des sciences qui compléta le système de la civilisation humaine.

3. Cette histoire des idées humaines est confirmée, d’une manière singulière, par l' histoire de la philosophie elle-même. La première méthode d’une philosophie grossière encore fut l’autopsia ou évidence des sens ; nous avons vu, dans l’origine de la poésie, quelle vivacité avaient les sensations dans les âges poétiques. Ensuite vint Ésope, symbole des moralistes que nous appellerons vulgaires ; Ésope, antérieur aux sept sages de la Grèce, employa des exemples pour raisonnements ; et comme l’âge poétique durait encore, il tirait ces exemples de quelque fiction analogue, moyen plus puissant sur l’esprit du vulgaire que les meilleurs raisonnements abstraits[1]. Après Ésope vint Socrate : il commença la dialectique par l’induction qui conclut de plusieurs choses certaines à la chose douteuse qui est en question. Avant Socrate, la médecine, fécondant l’observation par l’induction, avait produit Hippocrate, le premier de tous les médecins pour le mérite comme pour l’époque, Hippocrate auquel fut si bien dû cet éloge immortel : Nec fallit quemquam, nec falsus ah ullo est. Au temps de Platon, les mathématiques avaient, par la méthode de composition dite synthèse, fait d’immenses progrès dans l’école de Pythagore, comme on peut le voir par le Timée. Grâce à cette méthode, Athènes florissait alors par la culture de tous les arts qui font la gloire du génie humain, par la poésie, l’éloquence et l’histoire, par

  1. Comme le prouve le succès avec lequel Ménénius Agrippa ramena à l’obéissance le peuple romain. (Vico.)