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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/431

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de prononcer, laquelle se démontre par la cause et par l’effet. Par la cause : les premiers hommes avaient une grande dureté dans l’organe de la voix, et d’ailleurs bien peu de mots pour l’exercer[1]. Par l’effet : il y a dans la poésie italienne un grand nombre de retranchements ; dans les origines de la langue latine, on trouve aussi beaucoup de mots qui durent être syncopés, puis étendus avec le temps. Le contraire arriva pour les répétitions de syllabes. Lorsque les bègues tombent sur une syllabe qui leur est facile à prononcer, ils s’y arrêtent avec une sorte de chant, comme pour compenser celles qu’ils prononcent difficilement. J’ai connu un excellent musicien qui avait ce défaut de prononciation ; lorsqu’il se trouvait arrêté, il se mettait à chanter d’une manière fort agréable, et parvenait ainsi à articuler. Les Arabes commencent presque tous les mots par al, et l’on dit que les Huns furent ainsi appelés parce qu’ils commençaient tous les mots par hun. Ce qui prouve encore que les langues furent d’abord un chant, c’est ce que nous avons dit, qu’avant Gorgias et Cicéron les prosateurs grecs et latins employaient des nombres poétiques ; au moyen âge, les Pères de l’Église latine en firent autant, et leur prose semble faite pour être chantée.

Le premier genre de vers dut être approprié à la langue, à l’âge des héros : tel fut le vers héroïque, le

  1. Maintenant encore, au milieu de tant de moyens d’apprendre à parler, ne voyons-nous pas les enfants, malgré la flexibilité de leurs organes, prononcer les consonnes avec la plus grande peine. Les Chinois, qui, avec un très petit nombre de signes diversement modifiés, expriment en langue vulgaire leur cent vingt mille hiéroglyphes, parlent aussi en chantant. (Vico.)