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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/425

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conservé le fond en leur donnant des formes variées, en les modifiant diversement. Nous faisons dans cet ouvrage un usage continuel de ce vocabulaire. C’est, avec une méthode différente, le même sujet qu’a traité Thomas Hayme dans ses dissertations de linguarum cognatione et de linguis in genere, et variarum linguarum harmonia.

De tout ce qui précède, nous tirerons le corollaire suivant : plus les langues sont riches en locutions héroïques abrégées par les locutions vulgaires, plus elles sont belles ; et elles tirent cette beauté de la clarté avec laquelle elles laissent voir leur origine : ce qui constitue, si je puis le dire, leur véracité, leur fidélité. Au contraire, plus elles présentent un grand nombre de mots dont l’origine est cachée, moins elles sont agréables, à cause de leur obscurité, de leur confusion, et des erreurs auxquelles elle peut donner lieu. C’est ce qui doit arriver dans les langues formées d’un mélange de plusieurs idiomes barbares, qui n’ont point laissé de traces de leurs origines, ni des changements que les mots ont subis dans leur signification.


Maintenant pour comprendre la formation de ces trois sortes de langues et d’alphabets, nous établirons^ le principe suivant : les dieux, les héros et les hommes commencèrent dans le même temps. Ceux qui imaginèrent les dieux étaient des hommes, et croyaient leur nature héroïque mêlée de la divine et de l’humaine. Les trois espèces de langues et d’écritures furent aussi contemporaines dans leur origine, mais avec trois différences capitales : la langue divine fut très peu articulée, et presque entièrement muette ; la langue des