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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/423

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ticiens du monde. Les Phéniciens les transmirent ensuite aux Grecs, et ceux-ci, avec la supériorité de génie qu’ils ont eue sur toutes les nations, employèrent ces formes géométriques comme formes des sons articulés, et en tirèrent leur alphabet vulgaire, adopté ensuite par les Latins[1]. On ne peut croire que les Grecs aient tiré des Hébreux ou des Égyptiens la connaissance des lettres vulgaires.


Les philologues ont adopté sur parole l’opinion que la signification des langues vulgaires est arbitraire. Leurs origines ayant été naturelles, leur signification dut être fondée en nature. On peut l’observer dans la langue vulgaire des Latins, qui a conservé plus de traces que la grecque de son origine héroïque, et qui lui est aussi supérieure pour la force qu’inférieure pour la délicatesse. Presque tous les mots y sont des métaphores tirées des objets naturels, d’après leurs propriétés ou leurs effets sensibles. En général, la métaphore fait le fond des langues. Mais les grammairiens, s’épuisant en paroles qui ne donnent que des idées confuses, ignorant les origines des mots qui, dans le principe, ne purent être que claires et distinctes, ont rassuré leur ignorance en décidant d’une manière générale et absolue que les voix humaines

  1. Nous avons déjà rapporté le passage où Tacite nous apprend que les lettres des Latins ressemblaient à l’ancien alphabet des Grecs. Ce qui le prouve, c’est que les Grecs employèrent pendant longtemps les lettres majuscules pour figurer les nombres, et que les Latins conservèrent toujours le même usage. (Vico.)