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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/418

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les champs avec leurs limites. Les Espagnols appellent. prendas les entreprises courageuses ; les Italiens disent imprese pour armoiries, et termini pour paroles, expression qui est restée dans la scolastique. Ils appellent encore les armoiries insigne, d’où leur vient le verbe insignare. De même Homère, au temps duquel on ne connaissait pas encore les lettres alphabétiques, nous apprend que la lettre de Pretus contre Bellérophon fut écrite en signes, sèmata.

Pour compléter tout ceci, nous ajouterons trois vérités incontestables : 1° dès qu’il est démontré que les premières nations païennes furent muettes dans leurs commencements, on doit admettre qu’elles s’expliquèrent par des gestes ou des signes matériels, qui avaient un rapport naturel avec les idées ; 2° elles durent assurer par des signes les limites de leurs champs, et conserver des monuments durables de leurs droits ; 3° toutes employèrent la monnaie. — Toutes les vérités que nous venons d’énoncer nous donnent l' origine des langues et des lettres, dans laquelle se trouve comprise celle des hiéroglyphes, des lois, des noms, des armoiries, des médailles, des monnaies, et en général, de la langue que parla, de l’'écriture qu’employa, dans son origine, le droit naturel des gens[1].

  1. Telle est l’origine des armoiries et par suite des médailles. Les familles, puis les nations, les employèrent d’abord par nécessité. Elles devinrent plus tard un objet d’amusement et d’érudition. On a donné à ces emblèmes le nom d’héroïques, sans en bien sentir le motif. Les modernes ont besoin d’y inscrire des devises qui leur donnent un sens ; il n’en était pas de même des emblèmes employés naturellement dans les temps héroïques ; leur silence parlait assez. Ils portaient avec eux leur signification ; ainsi trois épis, ou le geste de couper trois fois des épis, signifiait naturellement trois années ; d’où il vint que caractère et nom s’employèrent indifféremment l’un pour