Ouvrir le menu principal

Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/335

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


espèce de chant. Les bègues ne peuvent délier leur langue qu’en chantant.


59. Les grandes passions se soulagent par le chant, comme on l’observe dans l’excès de la douleur ou de la joie.

D’après ces deux axiomes, si les premiers hommes du monde païen retombèrent dans un état de brutalité où ils devinrent muets comme les bêtes, on doit croire que les plus violentes passions purent seules les arracher à ce silence, et qu’ils formèrent leurs premières langues en chantant.


60. Les langues durent commencer par des monosyllabes. Maintenant encore, au milieu de tant de facilités pour apprendre le langage articulé, les enfants, dont les organes sont si flexibles, commencent toujours ainsi.


61. Le vers héroïque est le plus ancien de tous. Le vers spondaïque est le plus lent, et la suite prouvera que le vers héroïque fut originairement spondaïque.


62. Le vers iambique est celui qui se rapproche le plus de la prose, et l’iambe est un mètre rapide, comme le dit Horace.

Ces deux axiomes peuvent nous faire conjecturer que le développement des idées et des langues fut correspondant. Les sept axiomes précédents doivent nous convaincre que chez toutes les nations l’on parla d’abord en vers, puis en prose.