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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/315

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uns et les autres niant la Providence. Ces deux sectes isolent l’homme et devraient s’appeler philosophies solitaires. Au contraire nous admettons dans notre école les philosophes politiques, et surtout les Platoniciens, parce qu’ils sont d’accord avec tous les législateurs sur trois points capitaux : existence d’une Providence divine, nécessité de modérer les passions humaines et d’en faire des vertus humaines, immortalité de l’âme. Cet axiome nous donnera les trois principes de la nouvelle science[1].


6. La philosophie considère l’homme tel qu’il doit être ; ainsi elle ne peut être utile qu’à un bien petit nombre d’hommes qui veulent vivre dans la république de Platon, et non ramper dans la fange du peuple de Romulus[2].


7. La législation considère l’homme tel qu’il est, et veut en tirer parti pour le bien de la société humaine. Ainsi de trois vices, l’orgueil féroce, l’avarice, l’ambition, qui égarent tout le genre humain, elle tire le métier de la guerre, le commerce, la politique (la

  1. Le principe du droit naturel est le juste dans son unité, autrement dit, l’unité des idées du genre humain concernant les choses dont l’utilité ou la nécessité est commune à toute la nature humaine. Le pyrrhonisme détruit l’humanité, parce qu’il ne donne point l’unité. L’épicuréisme la dissipe, en quelque sorte, parce qu’il abandonne au sentiment individuel le jugement de l’utilité. Le stoïcisme l’anéantit, parce qu’il ne reconnaît d’utilité ou de nécessité que celle de l’âme, et qu’il méconnaît celles du corps ; encore le Sage seul peut-il juger de celles de l’âme. La seule doctrine de Platon nous présente le juste dans son unité ; ce philosophe pense qu’on doit suivre comme la règle du vrai ce qui semble un, ou le même à tous les hommes. (Scienza nuova, édition de 1725, réimprimée en 1817, page 74.)
  2. Dicit enim (Cato) tanquam in Platonis politeia, non tanquam in Romuli fasce sententiam. (Cic. ad Atticum, lib. II.) (Note du Trad.)