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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/313

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dans sa marche ; elle perd sa force pour ce qu’on voit de près (fama crescit eundo ; minuit prœsentia famam). La marche a été longue depuis le commencement du monde, et la renommée n’a cessé de produire les opinions magnifiques que l’on a conçues jusqu’à nous de ces antiquités que leur extrême éloignement dérobe à notre connaissance. Ce caractère de l’esprit humain a été observé par Tacite [Agricola) : omne ignotum pro magnifico est ; l’inconnu ne manque pas d’être admirable.


2. Autre caractère de l’esprit humain : s’il ne peut se faire aucune idée des choses lointaines et inconnues, il les juge sur les choses connues et présentes.

C’est là la source inépuisable des erreurs où sont tombées toutes les nations, tous les savants, au sujet des commencements de l’humanité ; les premières s’étant mises à observer, les seconds à raisonner sur ce sujet dans des siècles d’une brillante civilisation, ils n’ont pas manqué de juger d’après leur temps des premiers âges de l’humanité qui, naturellement, ne devaient être que grossièreté, faiblesse, obscurité.


3. Chaque nation, grecque ou barbare, a follement prétendu avoir trouvé la première les commodités de la vie humaine et conservé les traditions de son histoire depuis l’origine du monde. Ce mot précieux est de Diodore de Sicile.

Par là sont écartées à la fois les vaines prétentions des Chaldéens, des Scythes, des Égyptiens et des Chinois, qui se vantent tous d’avoir fondé la civilisation antique. Au contraire, Josèphe met les Hébreux à l’abri de ce reproche en faisant l’aveu magnanime