Ouvrir le menu principal

Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/298

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui traite les Égyptiens trop favorablement, ne leur donne que deux mille ans d’antiquité ; encore a-t-il été réfuté victorieusement par Giacomo Capello dans son Histoire sacrée et égyptienne. Cette antiquité n’est pas mieux prouvée par le Pimandre. Ce livre que l’on a vanté comme contenant la doctrine d’Hermès, est l’œuvre d’une imposture évidente. Casaubon n’y trouve pas une doctrine plus ancienne que le platonisme, et Saumaise ne le considère que comme une compilation indigeste.

L’intelligence humaine, étant infinie de sa nature, exagère les choses qu’elle ignore, bien au delà de la réalité. Enfermez un homme endormi dans un lieu très étroit, mais parfaitement obscur, l’horreur des ténèbres le lui fait croire certainement plus grand qu’il ne le trouvera en touchant les murs qui l’environnent. Voilà ce qui a trompé les Égyptiens sur leur antiquité.

Même erreur chez les Chinois, qui ont fermé leur pays aux étrangers, comme le firent les Égyptiens jusqu’à Psammétique, et les Scythes jusqu’à l’invasion de Darius, fils d’Hystaspe. Quelques jésuites ont vanté l’antiquité de Confucius, et ont prétendu avoir lu des livres imprimés avant Jésus-Christ ; mais d’autres auteurs mieux informés ne placent Confucius que cinq cents ans avant notre ère, et assurent que les Chinois n’ont trouvé l’imprimerie que deux siècles avant les Européens. D’ailleurs la philosophie de Confucius, comme celle des livres sacrés de l’Égypte, n’offre qu’ignorance et grossièreté dans le peu qu’elle dit des choses naturelles. Elle se réduit à une suite de préceptes moraux dont l’observance est imposée à ces peuples par leur législation.