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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/283

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clin d’œil. Longin admire Moïse pour la manière digne et grande dont il parle de Dieu : Dixit et facta sunt. Les Latins exprimaient ces deux idées par un seul mot. En effet, la bonté divine n’a qu’à vouloir pour faire les choses qu’elle veut ; et telle est la facilité de cette création que ces choses semblent naître d’elles-mêmes. Plutarque nous raconte que les Grecs admiraient la poésie d’Homère et les peintures de Nicomaque, parce qu’elles semblaient nées d’elles-mêmes plutôt que formées par l’art ; je pense que c’est cette faculté créatrice qui a fait appeler divins les poètes et les peintres. Ainsi, cette divine facilité à faire est la nature ; et dans l’homme, c’est cette vertu rare et précieuse, aussi difficile que vantée, que nous appelons naturalezza ; ce que Cicéron tournerait par genus sua sponte fusum, et quodammodo naturale.


§ II. — Fatum et Casus.


Dictum se prend chez les Latins pour certum ; certum signifie déterminé ; or, fatum est la même chose que dictum : et factum et verum ont aussi pour synonyme verbum. Les Latins eux-mêmes, pour exprimer un fait accompli rapidement, disaient dictum factum, aussitôt dit que fait. En outre, ils appelaient casus la manière dont tournent et finissent les choses et les mots. Aussi les sages Italiens qui imaginèrent les premiers ces expressions, désignèrent l’ordre éternel des causes par le mot de fatum, et le résultat de cet ordre éternel par casus ; ainsi les faits seraient des paroles de Dieu, et les événements les cas des mots