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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/281

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brables et très importants phénomènes de la nature. C’est là ce qui préoccupe uniquement les Anglais ; aussi défendent-ils d’enseigner publiquement la physique par la méthode géométrique ; et c’est ainsi qu’on peut faire avancer la physique. J’ai indiqué dans ma Dissertation sur les études de notre temps, comment on peut obvier par la culture du génie naturel aux inconvénients de la physique ; ce qui a peut-être fort étonné les gens préoccupés de la méthode. Car la méthode entrave le génie en se proposant pour but la facilité ; elle assure la vérité, mais elle tue la curiosité. La géométrie n’aiguise pas le génie lorsqu’on enseigne selon la méthode, mais lorsque la force du génie lui fait traverser des régions tout autres, toutes différentes, montueuses, inégales. Aussi j’exprimais les désir qu’on l’enseignât par la synthèse et non par l’analyse, afin qu’on démontrât en construisant, c’est-à-dire qu’au lieu de trouver le vrai, nous le fissions. Car trouver c’est du hasard, faire c’est de l’industrie ; aussi voulais-je qu’on enseignât cette science non par nombres et espèces, mais par figures, afin que si l’esprit recevait moins de culture de cet enseignement, du moins l’imagination s’affermît ; l’imagination est l’œil du génie naturel, comme le jugement est l’œil de l’intelligence. Et les cartésiens qui ne sont cartésiens, comme vous le dites très bien, Paolo, que selon la lettre et non selon l’esprit, pourraient remarquer qu’ils professent en réalité ce que nous venons d’avancer, bien qu’ils le nient de bouche ; car à l’exception de ce premier vrai qu’ils demandent à la conscience (je pense, donc je suis), ils empruntent uniquement les vérités qui leur servent de règle pour le reste à