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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/278

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Toi aussi, sage Paolo, tu es dans cette opinion, toi qui, en formant ton Prince, ne lui prescris pas de s’engager tout d’abord dans la critique, mais qui as voulu qu’il fût longtemps imbu de bons exemples, avant d’apprendre à les juger. Et pourquoi cela, sinon afin que son génie s’épanouisse d’abord, et qu’on le cultive ensuite par l’art de penser et juger ? Le divorce de l’invention et du jugement chez les Grecs n’est venu que du défaut de réflexion sur la faculté propre de savoir. Cette faculté est l’ingenium, par lequel l’homme a la capacité de contempler et de faire des objets semblables à ceux de sa contemplation. La première faculté qui se montre chez les enfants où la nature est plus entière et moins altérée par la persuasion ou le préjugé, c’est celle de faire le semblable ; ils appellent tous les hommes pères et toutes les femmes mères, et se plaisent à imiter :

Ædifîcare casas, plaustello adjungere mures,
Ludere par impar, equitare in arundine longa.

Or c’est la similitude des mœurs qui engendre chez les nations le sens commun. Et ceux qui ont écrit sur les inventeurs, nous apprennent que tous les arts et toutes les commodités dont le travail a enrichi le genre humain ont été trouvés ou par hasard, ou par quelque similitude qu’indiquaient les animaux, ou qu’imaginait l’industrie des hommes. — Tout ce que nous venons de dire, la philosophie italique le connaissait, la langue nous l’atteste ; ce qu’on appelle dans l’École moyen terme, ils l’appelaient argumen ou argumentum. Argumen vient de la même racine qu’argutum ou acu-