Ouvrir le menu principal

Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/276

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rapport entre ce qu’il vient de dire et le sujet qu’il s’est proposé ; de sorte que les foudres de son éloquence tombent avec d’autant plus de puissance qu’on y est moins préparé. Il ne faut pas croire que toute l’antiquité se soit servie d’une méthode incomplète, parce qu’ils n’ont pas reconnu cette quatrième opération de l’esprit, pour compter comme on fait aujourd’hui. En réalité, ce n’est pas une quatrième opération, mais l’art qui s’applique à la troisième, l’art par lequel on ordonne les raisonnements. Aussi toute la dialectique, dans l’antiquité, se divisait en art d’inventer et art de juger. Les académiciens se renfermaient tout entiers dans l’invention et les stoïciens dans le jugement. Les uns et les autres avaient tort, car il n’y a pas d’invention sans jugement, ni de jugement sûr sans invention.

En effet, comment l’idée claire et distincte de notre esprit sera-t-elle le criterium du vrai, s’il ne voit tout ce qui est dans la chose, tous ses attributs ? Et comment peut-on être certain d’avoir tout vu, si l’on n’a pas discuté toutes les questions qui peuvent s’élever sur le sujet ? Il faut d’abord examiner si la chose est, pour ne pas discourir sur un néant ; ensuite, ce qu’elle est, pour ne pas disputer sur un nom ; puis, quelle est sa quantité, soit en étendue, soit en poids, soit en nombre ; sa qualité, et ici considérer la couleur, la saveur, la mollesse, la dureté et autres qualités tangibles ; en outre il faut se demander quand la chose naît, combien elle dure, et en quels éléments elle se résout par la corruption ; il faut y appliquer de même les autres catégories, et la comparer à toutes les choses avec lesquelles elle a quelque rapport, avec les causes