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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/242

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ments des vérités, qu’il peut ordonner et harmoniser, et de l’arrangement desquels sort le vrai qu’il démontre ; en sorte que la démonstration est une opération créatrice, et que le vrai est identique avec le fait. Et si nous ne pouvons prouver la physique par les causes, c’est que les éléments des choses de la nature sont hors de nous. Car, tout finis qu’ils sont, il n’en faut pas moins un pouvoir infini pour les disposer, les ordonner et en faire sortir leur effet. Si nous considérons la cause première, il ne faut pas moins de puissance pour produire une fourmi que pour créer tout cet univers, parce que pour la création de la fourmi comme pour la formation du monde il faut également du mouvement ; le mouvement tire le monde du néant et la fourmi de la matière.

Souvent dans leurs livres ascétiques les sages de notre religion, c’est-à-dire ceux qui se sont illustrés par leur connaissance de la Divinité comme par la sainteté de leur vie, ces sages remontent de la contemplation d’une fleur à la pensée de Dieu ; parce qu’ils reconnaissent dans la formation de cette créature la puissance infinie. C’est ainsi que nous avons dit dans notre Dissertation sur la méthode d’études suivie de notre temps : « Nous démontrons les propositions géométriques parce que nous les faisons ; si nous pouvions démontrer la physique, nous la ferions. » Il faut donc stigmatiser comme coupables d’une curiosité téméraire et impie ceux qui essaient de prouver a priori le Dieu très bon et très grand. Ce n’est rien moins que se faire le Dieu de Dieu, et nier le Dieu qu’on cherche. La clarté du vrai métaphysique est comme celle de la lumière, que nous ne connaissons