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synthétique, c’est-à-dire par des formes, est parfaitement certaine dans ses opérations et dans ses résultats : partant des propositions les plus simples pour s’avancer à l’infini sur la foi de ses axiomes, elle enseigne la manière de combiner les éléments dont se forme le vrai qu’elle démontre ; et si elle enseigne la manière de combiner les éléments, c’est que l’homme a en lui-même les éléments qu’elle enseigne. L’analyse, au contraire de la géométrie, quoiqu’elle donne un résultat certain, est cependant incertaine dans ses opérations, parce qu’elle part de l’infini, et descend de là aux choses les plus simples ; or, dans l’infini il n’est rien qu’on ne puisse trouver ; mais par quelle voie trouve-t-on, c’est ce qu’on ignore. Les arts qui enseignent le genre, ou la manière selon laquelle les choses se font, comme la peinture, la sculpture, la plastique, l’architecture, arrivent avec plus de certitude à leur fin que ceux qui n’enseignent pas ce genre et cette manière, comme sont tous les arts qui procèdent par conjecture, rhétorique, politique, médecine, etc. Les premiers enseignent leur méthode de création, parce qu’ils ont pour objet des prototypes que l’esprit humain contient en soi ; les seconds ne l’enseignent pas, parce que l’homme n’a pas en lui la forme des choses qu’il n’atteint que par conjecture. Et comme les formes sont indivisibles [1], il s’ensuit que plus les sciences ou les arts s’élèvent au-dessus des genres [2], plus ils confondent les formes, et que plus ils s’enflent et se font magnifiques, moins ils sont utiles. Voilà

  1. Une ligne plus ou moins longue, plus ou moins large, plus ou moins profonde, déforme une figure au point d’en faire méconnaître l’identité.
  2. Je ne parle pas de ceux de Platon, mais de ceux d’Aristote.