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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/231

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rait nous décevoir, de même que dans les Académiques de Cicéron un stoïcien, pour prouver la même chose, a recours à une machine et suppose un songe envoyé par les dieux. Mais il est absolument impossible que personne n’ait conscience qu’il pense, et que de cette conscience il ne tire pas la certitude qu’il est. C’est pourquoi Descartes nous fait voir la vérité première dans ceci : Je pense, donc je suis. Remarquons que le Sosie de Plaute est ainsi amené par Mercure, qui avait pris sa forme, comme le génie trompeur de Descartes, ou le songe du stoïcien, à douter de sa propre existence, et ses méditations le conduisent également à acquiescer à cette vérité première : « Certes, quand je l’envisage et que je reconnais ma figure, c’est comme il m’est arrivé souvent de regarder dans un miroir, il est bien semblable à moi ; même chapeau, même habit, tout pareil à moi ; jambe, pied, taille, cheveux, yeux, nez, dents, lèvres, mâchoires, menton, barbe, cou, tout en un mot ; si le dos est couvert de cicatrices, c’est la plus ressemblante des ressemblances ; mais pourtant quand je pense, je suis bien certainement comme j’ai toujours été. »

Mais le sceptique ne doute pas qu’il pense, il avoue même si bien la certitude de ce qui lui apparaît qu’il la défend par des chicanes ou des plaisanteries ; il ne doute pas qu’il soit, et c’est dans l’intérêt de son bien-être qu’il suspend son assentiment, de crainte d’ajouter aux maux de la réalité les maux de l’opinion. Mais s’il est certain de penser, il soutient que ce n’est que conscience et non pas science, rien autre chose qu’une connaissance vulgaire qui appartient au