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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/213

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Il est alors joué et déçu dans son attente ; les fibres du cerveau, préparées à recevoir quelque chose de convenable et de juste, se troublent et se confondent, et elles propagent ce mouvement tumultueux dans toutes les ramifications des nerfs ; mouvement qui ébranle tout le corps et fait sortir l’homme de son assiette ordinaire. De là vient que les bêtes ne rient point, parce que leur sens est tout particulier et singulier, et que par conséquent elles ne peuvent porter leur attention que sur des objets isolés et singuliers, dont chacun est chassé et détruit par le premier qui vient se présenter. D’où l’on peut faire voir clairement que, par cela seul que la nature a refusé aux bêtes le sens du rire, elles sont privées de toute raison. C’est uniquement ceci qui constitue, chez le rieur, ce sentiment secret dont il ne se rend pas compte lorsqu’il accueille par le rire des choses sérieuses ; il lui semble qu’alors il se sent homme. Mais le rire ne vient que de la faible nature de l’homme :

….. Decipimur specie recti.

Car d’après la nature du rire, telle que nous l’avons expliquée, ceux qui rient tiennent comme le milieu entre les hommes sérieux et graves, et les bêtes brutes. Je parle ici de ceux qui rient à tout propos et qu’on appelle rieurs, comme aussi de ceux qui excitent les autres à rire, et que l’on nomme railleurs {derisores). Les gens sérieux ne rient point, parce qu’ils considèrent mûrement une chose, et ne se laissent pas détourner par une autre ; les bêtes ne rient point, parce qu’elles ne font aussi attention qu’à une chose ; dès qu’une