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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/200

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de cette langue, ils remarquèrent dans la Divine Comédie une foule d’expressions qu’ils n’avaient point rencontrées chez les autres écrivains toscans. Retrouvant un grand nombre de ces expressions dans la bouche d’autres peuples italiens, ils crurent que Dante les avait recueillies chez ces peuples pour les placer dans son poème. C’est précisément ce qui était arrivé à Homère, que tous les peuples de la Grèce revendiquèrent comme leur concitoyen, parce que chacun d’eux reconnaissait dans l’Iliade ou l’Odyssée les expressions particulières qui étaient encore en usage chez lui. Mais cette opinion est fausse pour deux raisons bien graves : la première, c’est qu’au treizième siècle Florence dut se servir, au moins en grande partie, des mêmes expressions que toutes les autres cités d’Italie ; autrement la langue italienne n’eût pas été commune aux Florentins. La seconde, c’est que dans ces siècles maMeureux où l’on ne trouvait point d’écrivain en langue vulgaire dans les autres cités d’Italie (et en effet il ne nous en est point parvenu), la vie de Dante n’aurait pas suffi à apprendre les langues vulgaires de tant de peuples, pour s’en servir avec facilité dans sa Divine Comédie. L’académie de la Crusca devrait envoyer par toute l’Italie une liste de ces mots, de ces expressions, et faire prendre des informations dans les classes inférieures des villes, et surtout chez les paysans qui conservent bien plus fidèlement les mœurs et le langage antiques que les nobles et les gens de cour ; on verrait quels sont ceux qu’ils ont conservés, et dans quel sens ils les entendent ; ce serait le moyen d’en avoir la véritable intelligence.