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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/180

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entraîner ; cette critique qui nous fait juger de la conduite de l’homme d’après les circonstances où il est placé ; cette critique qui porte la certitude dans la chose la plus incertaine, dans les actes de la liberté humaine, et qui par conséquent est si utile à l’homme d’État et au morahste, elle a été admirablement saisie par les Grecs, mais aujourd’hui elle est entièrement abandonnée ; il faudrait pour l’appliquer se livrer à une étude profonde des poètes, des historiens, des orateurs et des langues grecque et latine. C’est surtout l’autorité de Descartes qui l’a fait abandonner ; l’enthousiasme de sa méthode doit désormais tenir lieu de tout le reste. On veut en quelques moments, et avec le moins de fatigue possible, savoir un peu de tout. On ne voit plus que méthodes, qu’abrégés, on n’estime les livres qu’en proportion de la facilité ; et pourtant la facilité est aussi propre à affaiblir l’esprit que la difficulté à le fortifier… Ce qui prouve combien ces méthodes mathématiques, transportées dans les autres sciences, ont peu réussi à inspirer l’amour de l’ordre, c’est que l’on s’est mis à faire des dictionnaires des sciences, que dis-je ? des dictionnaires de mathématiques ; cependant il n’y a point d’étude plus décousue que celle que l’on peut faire dans un dictionnaire… On néglige les langues, qui sont pourtant le véhicule de l’esprit des nations ; nous nous approprions cet esprit par l’étude des langues. On réprouve l’étude de la langue latine, qui est celle du droit romain, celle de notre religion. On condamne la lecture des orateurs, qui seuls peuvent nous apprendre comment doit parler la sagesse ; la lecture des historiens, en qui seuls les princes peuvent espérer de