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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/173

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mirent à douter de tout que parce qu’ils voyaient les stoïciens affirmer comme le vrai les choses douteuses. Détruite par les barbares, la civilisation se releva en s’appuyant sur le principe indiqué plus haut. Les philosophes cherchèrent le probable, les mathématiciens le vrai, et l’on vit refleurir avec un nouvel éclat tous les arts, toutes les sciences qui font la gloire et la félicité de l’espèce humaine. Mais voilà que l’ordre naturel est troublé de nouveau, et que le probable envahit la place du vrai. Le mot de démonstration, donné légèrement à des raisonnements spécieux ou même manifestement faux, a détruit le saint respect de la vérité.

On voit déjà, et l'on verra mieux encore quels maux entraine avec soi la manie de prendre le sens individuel pour règle du vrai ; remarquons-en un seul ici. C’est qu’on a presque cessé de lire les philosophes anciens, sans songer que l’esprit le plus fécond ne laisse point de devenir stérile avec le temps, s’il n’est pour ainsi dire fertilisé par la lecture. Si l’on en lit encore quelqu’un, c’est dans une traduction. On regarde comme inutile l’étude des langues, sur l’autorité de Descartes. Savoir le latin, disait-il, c'est en savoir autant que la servante de Cicéron. Et il en pensait autant du grec. Cependant, n’est-ce pas par la lecture de leurs écrivains originaux que la plus grande nation, que la plus éclairée du monde, pouvaient nous communiquer leur esprit ?

… Ils imaginent bien de nouvelles méthodes, mais ils ne font point de découvertes. Les faits, il les empruntent aux expérimentalistes, et les adaptent à leurs méthodes. La méthode ne peut rien faire trou-