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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/166

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Si le prince veut fortifier la sienne, il fera interpréter les lois romaines d’après les maximes de la politique ; les juges suivront la même règle dans leurs jugements. Les orateurs s’efforcent toujours de donner l’avantage au droit privé sur le droit public ; c’est au contraire le devoir des juges de faire triompher le droit public du droit privé. Par là la politique, qui est la philosophie du droit, sera de nouveau unie à la jurisprudence ; les lois en paraîtront plus graves et plus saintes ; on verra fleurir l’éloquence qui convient à la monarchie, l’éloquence supérieure à celle des orateurs de nos jours autant que le droit public l’emporte sur le droit privé en gravité, en importance, en majesté.

Après ces développements sur l'étude de la jurisprudence, Vico indique les derniers inconvénients que lui présente le système d’études des modernes. Les principaux se trouvent précisément dans les deux choses qui assurent notre supériorité sur les anciens, la multiplicité des modèles en tous genres. et la division du travail intellectuel. Ceux qui nous ont laissé les meilleurs modèles, n’en ont pas eu d’autres que la nature. Leurs imitateurs ne peuvent espérer de les surpasser, ni même de les égaler ; les premiers venus ont pris, chacun dans son genre, ce que la nature présentait de mieux. Si la sculpture a moins réussi chez les modernes que la peinture, ne serait-ce pas parce que nous avons conservé l’Hercule, l’Apollon, et tant d’autres statues antiques, tandis que nous avons perdu la Vénus d’Apelle et l’Ialysus de Protogêne ? — L’imprimerie, du reste si utile, a eu l’inconvénient de multiplier indifféremment tous les livres, au lieu qu’auparavant