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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/165

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lois romaines (Voy. la Science nouvelle, livre II, et livre IV, passim), il ajoute ce qui suit : Vous voyez que le temps de la jurisprudence rigoureuse est celui de l’accroissement de la république, qu’elle s’adoucit et se relâche avec la décadence de l’empire. Cet adoucissement fut d’abord l’effet de la politique des empereurs, qui voulaient affermir leur autorité ; puis un remède à l’affaiblissement que cette autorité éprouvait ; enfin un mal qui en entraîna la ruine. En effet, la différence des agnats et des cognats étant détruite, le droit de gentilité étant éteint, les familles patriciennes perdirent leur fortune, virent la grandeur de leur nom s’évanouir et s’anéantir leur puissance. Lorsque la loi eut traité si favorablement les esclaves, le sang libre ne tarda pas à se mêler, à se corrompre. Le droit de cité une fois étendu à tous les sujets de l’empire, l’amour de la patrie, l’enthousiasme du nom romain s’éteignirent dans les citoyens indigènes. La jurisprudence étant devenue entièrement favorable au droit privé, les citoyens crurent dès-lors que le droit n’était que l’intérêt individuel, et ne se soucièrent plus de l’utilité publique. Le droit des Romains et des provinciaux ayant été confondu, les provinces devinrent des États presque indépendants, même avant l’invasion des barbares. Auparavant le peuple romain avait la gloire et la force de l’empire, les alliés n’avaient que l’honneur de la fidélité ; dès que l’égalité s’établit, la monarchie romaine s’affaiblit peu à peu, se démembra, et enfin fut détruite. Ainsi le relâchement de la jurisprudence fut la principale cause de la corruption de l’éloquence chez les Romains, et de la destruction de leur puissance.