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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/162

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prudence fût secrète ; il a été utile sous l’empire et chez les modernes qu’elle ne le fût pas. Originairement tous connaissaient le droit public, le droit privé était un mystère ; depuis, le contraire a eu lieu. Exercés d’abord dans l’étude du droit public, les jurisconsultes donnaient ensuite leurs consultations sur le droit privé ; aujourd’hui on ne consulte sur les affaires publiques que ceux qui auparavant ont été éprouvés dans la jurisprudence. L’étude des trois sortes de droits (sacré, public et privé) était une autrefois ; elle s’est divisée selon son objet. Le droit privé ne prévoyait que les cas généraux ; maintenant il embrasse les faits les plus minutieux. Autrefois peu de lois, mais d’innombrables privilèges ; aujourd’hui des lois tellement particulières qu’elles semblent elles-mêmes des privilèges. La jurisprudence, d’abord générale, inflexible, était appelée avec raison scientia justi ; aujourd’hui flexible et particulière, elle est devenue ars œqui. Les jurisconsultes qui s’attachaient à la lettre, s’attachent maintenant à l’esprit de la loi ; sous ce rapport le jurisconsulte fait maintenant ce que faisait autrefois l’orateur.

De cette révolution sont résultés divers avantages, divers inconvénients. C’est un avantage que la jurisprudence, partagée chez les Grecs entre la science du philosophe, l’érudition du légiste et l’art de l’orateur, partagée chez les Romains avant l’Édit perpétuel entre l’orateur et le jurisconsulte, ne forme plus aujourd’hui qu’une même doctrine. Mais c’est un inconvénient que la politique ne fasse plus partie de la jurisprudence, dont elle est la mère, et avant laquelle elle devrait être enseignée ; il en était autrement chez les Grecs où les