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et l’utile s’accordent avec le vrai ; les effets du second sont ceux du premier.

Le sot qui ne connaît ni les vérités générales ni les particulières, porte immédiatement la peine de son imprudence. L’ignorant habile qui s’attache aux vérités particulières sans connaître le vrai en général, tire aujourd’hui avantage de son adresse et de ses ruses, mais elles lui nuiront demain. Le savant inhabile, qui va des vérités générales droit aux particularités, perce sa route à travers les obstacles et les détours de la vie humaine. Mais le sage qui marche dans ce sentier oblique et incertain, en prenant pour guide le vrai éternel, ne craint point de prendre un circuit, lorsque la ligne droite est impraticable ; il cherche dans ses desseins l’utilité la plus lointaine que la nature humaine puisse prévoir. C’est donc à tort qu’on mettrait à l’usage de la prudence la manière de juger qui est propre à la science. On estimerait les actions humaines d’après la droite raison, tandis que les hommes, peu sensés pour la plupart, suivent le caprice ou le hasard, et non la sagesse. Faute d’avoir cultivé le sens commun, indifférents au vraisemblable, s’en tenant au vrai, au vrai seul, ils s’inquiètent peu si le reste des hommes pense de même et voit la vérité où ils la placent.

Mais, dira-t-on, vous voulez donc former des courtisans plutôt que des philosophes ? Yous voulez qu’ils négligent le vrai pour l’apparence ? A Dieu ne plaise ! je veux qu’ils aient égard à ce qui leur semble le vrai, et qu’ils suivent l’honnête ou du moins ce que tous jugent tel.

La nouvelle méthode est plus faite pour les esprits