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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/158

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vaux, la connaissance de la vérité. Ils cherchent la nature des choses, parce qu’elles semblent certaines ; ils négligent la nature de l’homme, parce qu’elle est incertaine à cause de sa liberté. Mais ce genre d’études rend les jeunes gens également incapables d’agir avec prudence dans la vie civile, de passionner leur style et de le teindre des mœurs qu’ils auraient observées.

La reine des affaires humaines, c’est l’occasion ; joignez-y le choix entre les choses qu’elle présente. Or, quoi de plus incertain ?… On ne peut donc juger des actions des hommes, d’après la règle droite et inflexible de la raison, mais plutôt employer dans ce jugement la règle lesbienne, qui suit la forme sur laquelle on l’applique. C’est en cela que la science diffère de la prudence. Ceux qui excellent dans la science suivent une même cause dans les nombreux effets qu’elle peut avoir dans la nature. Ceux-là sont prudents, qui recherchent les causes nombreuses d’un même fait, pour trouver par conjecture quelle est la véritable. La science considère les vérités les plus hautes et les plus générales ; la sagesse, les vérités d’un ordre inférieur. Aussi distingue-t-on les caractères du sot, de l’ignorant habile, du savant inhabile et de l’homme sage. Le sot ne voit dans la vie ni les vérités les plus hautes, ni celles de détail ; l’ignorant habile voit les secondes, mais non les premières ; le savant inhabile juge des secondes par les premières ; le sage s’élève des vérités de détail aux vérités générales. Les vérités générales sont éternelles ; tout ce qui est particulier peut à chaque instant devenir faux. Les vérités éternelles sont au-dessus de la nature ; il n’est rien dans la nature qui ne soit mobile et sujet au changement. Or le bon