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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/13

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nalité des idées, l’étrangeté du langage, l’isolait également. Généralisant ses généralités, formulant, concentrant ses formules, il employait les dernières comme locutions connues. Il lui était arrivé le contraire des Sept-Dormants. Il avait oublié la langue du passé, et ne savait plus parler que celle de l’avenir. Mais si c’était alors trop tôt, aujourd’hui peut-être c’est déjà bien tard. Pour ce grand et malheureux génie le temps n’est jamais venu.

Vico a eu trop souvent le tort d’effacer sa route à mesure qu’il avançait. De là, l’apparente étrangeté de ses résultats. Cependant sa belle et ingénieuse polémique contre l’école de Descartes, contre l’abus de la méthode géométrique, contre l’esprit critique qui menaçait de sécher et détruire toute littérature, tout art, tout génie d’invention, cette partie négative n’a pas moins d’originalité que l’autre ; elle la prépare et s’y lie étroitement. Dans ses Discours, Vico attaque le criterium cartésien du sens individuel. Dans l’essai sur l’Unité du principe du droit, dans le petit livre sur la Philosophie des langues, enfin, dans la Science nouvelle, il revendique les droits du sens commun du genre humain. Nous venons de marquer ici le progrès général de sa méthode ; mais combien de vues ingénieuses nous pourrions indiquer dans les détails ! Le jugement sur Dante, l’appréciation des