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sacrifie des millions d’hommes et tout ce qui en firent vivre des millions d’autres ? — On a des troupeaux, c’est pour les tondre et les égorger, il n’en est pas autrement du bétail humain.

La constitution que nos aïeux il y a cent ans ébauchèrent avec le même bois que leurs échafauds ; que les réactions d’après ont rétrécie faisait alors trembler les despotes comme un rugissement de lion. Ils se sont vite aperçus que ses lois servaient de cage au lion et ils se laissent rugir tant qu’il lui plaît, les barres de fer sont solides, la porte est bien verrouillée.

Les choses ont changé de nom, c’est tout ; la meule pèse aussi lourde, c’est elle qu’il faut briser afin que nul ne vienne plus la tourner pour moudre les multitudes.

Il y avait longtemps que les urnes s’engorgeaient et se dégorgeaient périodiquement sans qu’il fut possible de prouver d’une façon aussi incontestable que ces bouts de papier chargés disait-on de la volonté populaire et qu’on prétendait porter la foudre, ne portent rien du tout.

La volonté du peuple ! avec cela qu’on s’en soucie de la volonté du peuple !

Si elle gêne, on ne la suit pas ; voilà tout, on prétend qu’elle est contre la loi et s’il en existe aucune, on en fabrique ou on en démarque à volonté comme les écrivains sans imagination démarquent un chapitre de roman.

Le suffrage, dit universel, c’était le dernier espoir de ceux qui voulaient faire vivre encore la vieille société lépreuse, il n’a pu la sauver et la voilà la marâtre, la parricide étendue sur la table de dissection si putréfiée déjà qu’il faut enterrer le cadavre, autour duquel, semblables aux chœurs antiques gémissent ou vocifèrent toutes les douleurs qu’elle a causées.

N’y a-t-il pas assez longtemps que la finance et le pouvoir ont leurs noces d’or à l’avènement de chaque nouveau gouvernement ; c’est depuis toujours, tandis que lourds et mornes les jours s’entassent comme le sable sur les foules, plus exploitées plus misérables que les bêtes d’abattoir.