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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/77

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sances alliées se présenta pour s’en emparer. On a dit que, placé dans le parc de Mousseaux, il y montra de la valeur, ce dont nous ne doutons point ; mais ce n’était pas assurément pour la royauté des Bourbons qu’il croyait combattre. Le gouvernement provisoire, que dirigeait Talleyraud, le nomma aussitôt après la capitulation adjudant-commandant de la garde nationale, et dès qu’il fut entré dans sa capitale, Louis XVIII le rétablit sur les contrôles de l’armée, lui donna la croix de Saint-Louis, comme à tous les généraux de l’armée impériale, et reçut en conséquence son serment de fidélité. Mais rien de tout cela ne pouvait faire revenir le comte de ses anciennes opinions. Dès le mois de janvier suivant, on le trouva compromis dans un complot contre le gouvernement royal, et il fut destitué, puis réintégré quelques jours après, quand on connut le départ de l’île d’Elbe. Alors, dans le trouble où cette nouvelle mit tous les esprits, on le nomma commandant du département de l’Aisne, et on le chargea de réunir tout ce qu’il pourrait de troupes, pour marcher contre les frères Lallemand et Drouet d’Erlon, qui s’étaient insurgés, non pour la cause de Napoléon, mais pour celle du duc d’0rléans, comme cela a été prouvé depuis. Le comte de Thiard refusa positivement de les combattre, et s’exposa à toutes les conséquences que pouvait avoir une telle désobéissance. Mais la fuite de Louis XVIII le tira bientôt de toute inquiétude à cet égard. Il se hâta d’accourir auprès de Napoléon ; mais. reçu un peu froidement, il retourna dans le département de Saône-et-Loire et chercha vainement à s’y faire nommer député par la faction révolutionnaire. Ses intrigues avec ce parti ayant encore une fois été découvertes par la police, il fut arrêté et subit un emprisonnement de six mois. Voulant à tout prix l’éloigner, mais n’osant pas user de violence, le gouvernemeni royal lui offrit des passe-port pour l’étranger, qu’il refusa fièrement. Sur l’ordre de quitter Paris, qui lui fut donné par le préfet de police, il se rendit à la prison de l’Abbaye, demandant à être jugé. N’ayant pu l’obtenir, il sortit de la prison et retourna chez lui avec la même fierté qu’il en était sorti. C’était dans le mois de mars 1816, à l’époque qu’on a osé nommer la terreur de la royauté ! Retourné dans son département l’année suivante, le comte de Thiard, vivement appuyé par le parti révolutionnaire, fut près d’être nommé membre de la chambre des députés ; mais ce ne fut qu’en 1820 que le collège électoral de Saône-et-Loire lui fit cet honneur, à une grande majorité. Ce ne fut pas, comme on le pense bien, par ses talents oratoires qu’il se distingua dans cette assemblée, mais par son attachement aux doctrines les plus démocratiques. Constamment assis à côté de Manuel, de Benjamin Coustant et du général Foy il ne monta que rarement à la tribune, et ne prononça de sa place que quelques phrases entrecoupées sur des questions dont on ne pensait pas qu’il se fût jamais occupé, telles que l’enseignement mutuel, le concordat, le traitement des évéques et l’indemnité des émigrés, pour laquelle il reçut toutefois onze cent mille francs, sans se plaindre et sans dire aux ministres du roi, comme il avait fait dans une autre