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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/69

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des habitants, alors près de se révolter et de reconnaître le roi. Ils envoyerent même une députation à Pontus de Thiars, leur évêque, tout dévoué à la cause de Henri IV, et qui avait été rejoindre son neveu, Héliodore, pour l’engager à un raccommodement. Tavannes, voulant empêcher ce commencement de révolte, fit un dernier effort, et vint une seconde fois assiéger Verdun ; mais cette tentative fut encore inutile. Dans toutes leurs sorties, les troupes du comte de Bissy battirent les assiégeants, et Tavannes fut obligé de lever le siége[1]. Mais cette victoire lui coûta cher. Il avait épousé Marguerite de Busseuil, d’une des plus anciennes familles de Bourgogne. Cette jeune femme qui aimait passionnément son mari n’avait jamais voulu le quitter pendant tous les siéges qu’il avait eu à soutenir. Avec l’aide des dames de Verdun, elle pourvoyait au besoin des blessés et à la surveillance des subsistances. Comme, lors du dernier siége la poudre commençait à diminuer, elle voulut se charger de la distribuer elle-même aux soldats. L’usage des cartouches n’était pas établi à cette époque, et, peu avant la levée du siége, un jour où elle était occupée de cette distribution, un soldat s’étant approché avec sa mèche allumée en laissa tomber une étincelle sur le baril qui sauta en éclats. La malheureuse dame fut emportée avec tout ce qui l’entourait. Elle était âgée de 19 ans, et douée de tous les attraits de son sexe. Sa mort glorieuse fut célébrée dans une elégie en vers latins par Jacques Guyon, auteur bourguignon, et imprimée à Autun, en 1658, vol. in-4º. Peu de jours après la levée du siége, Héliodore, qui avait des intelligences dans la ville de Beaune, conçut le projet de l’enlever à la ligue, et s’en approcha avec une partie de ses troupes ; mais le duc de Mayenne, qui venait d’arriver dans la province, ayant été averti, entra pendant la nuit dans la place, et se porta, le lendemain, avec un corps de cavalerie considérable, au-devant d’Héliodore, qui, voyant son projet découvert, ordonna la retraite ; mais (comme le dit Tavanne, dans ses Mémoires), il ne voulut pas se retirer sans avoir abordé l’ennemi, et la rencontre eut lieu dans les environs de la Chartreuse, sur un terrain tout coupé de fossés et de sillons très-profonds. Son cheval s’abattit en fesant une passade et pendant qu’il faisait ses efforts pour le relever, il fut percé en cinq ou siæ endroits par des gendarmes de la compagnie de Nagut. Sa compagnie le croyant mort se retira, et il fut obligé de se rendre. On le porta à Beaune, où il mourut huit jours après, non sans soupcon que sa mort eut été avancée par ceux qui paneaient ses plaies. On l’enterra à l’abbaye de Mézières, ordre de Cîteaux, où il lui fut élevé un mausolée sur lequel était placée une lance de cuivre qui, enlevée en 1793, est aujourd’hui dans la chapelle du château de Pierres, habitation de ses descendants. Après la mort d’Héliodore, Gadagne fut nommé gouverneur de Verdun, et Tavannes de la Province de Bourgogne. Alors ce dernier s’engagea à faire restituer les 6,500 écus aux héritiers d’Hèliodore. Mais Gadagne fut tué lui-même peu de temps après. Plus tard un procès s’enga-

  1. Histoire de Châlons, par le Jésuite Pérry.