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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/60

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avreliæ thevedosle
benignissimæ et
uncomparabili feminæ
avrelius optatus
conjvgi innocentissimæ
depos. pr. kal. dec.
nat. ambiana.
b. m. f.(bene merenti fecit.)
A Aurélie Theudosie
très bénigne
et incomparable femme
Aurélius Optatus à son épouse
déposée la veille des kalendes de décembre
a fait cette épitaphe à elle bien méritante.


Cette tombe, ouverte en présence de l’autorité, renfermait le corps de la sainte, et celui d’un enfant placé à côté d’elle. Une fiole de sang, incrustée dans le mur du sépulcre, révélait la présence d’une martyre. L’épitaphe donnait un grand intérêt à cette découverte, aussi précieuse à la piété qu’à la science. Ce n’était plus seulement ici un de ces martyrs dont les noms ne sont connus que de Dieu et ne sont inscrits que dans le livre de vie. C’était une sainte dont le nom propre reparaissait aux regards de la terre pour la première fois depuis seize ou dix-sept cents ans, car les catacombes où elle était cachée remontent à cette époque. Son époux, Aurélius Opiatus, avait pris soin de nous faire connaître non-seulement le nom, mais la patrie de cette femme incomparable. Le nom de Theudosie indiquait déjà, selon la remarque de quelques écrivains, une origine gallo-romaine ; car la syllabe Theu ou Theud comme on le voit par le nom de Theudésèle, treizième roi des Visigoths, n’appartient pas à la langue romaine. Ainsi que la seconde moitié du nom de Theudosie, elle a dû caractériser plusieurs noms personnels, usités dans la Gaule Belgique, dont le territoire d’Amiens faisait partie. Mais ce qui ne permet aucun doute sur l’origine de sainte Theudosie, et ce qui fait de son épitaphe une véritable rareté archéologique, ce sont les derniers mots nat. ambiana, née amiénoise ou de nation amiénoise. Les actes de cette sainte étant ignorés, nous ne connaissons ses vertus que par son martyre et par les courts, mais touchants éloges, que nous en a faits son mari. Son histoire datera de sa tombe.

C’est en 1842 que cette tombe fut découverte. La première pensée de Mgr l’évéque de Porphire, qui présidait à l’extraction de ces précieuses reliques, en sa qualité de sacriste du pape, avait été de rendre la sainte à sa patrie, et de l’euvoyer à l’évêque d’Amiens ; mais il l’accorda à Mgr Pallavicini. Ce prélat, qui était alors préfet du palais a postolique, s’est retiré depuis avec le titre d’archevêque de Pirgi in partibus, à Gênes, où il emporta les reliques de sainte Theudosie. Mgr de Salinis fut informé de l’existence de ces reliques par M. le comte de l’Escalopier, un de ses diocésains aussi recommandable par sa piété que par sa science. En se rendant à Rome, comme député du concile d’Amiens, dont il portait les actes, pour les soumettre au saint-siège, sa Grandeur s’arrêta à Gênes, pour solliciter de Mgr Pallavicini la concession de la sainte-martyre. Ce prélat n’y consentit qu’autant qu’on lui donnerait en échange un corps saint, de nom propre, avec la pierre de son épitaphe. Ces deux conditions étaient difficiles à remplir, car on ne possédait que deux autres corps saints, de nom propre, et depuis quelque temps il avait été défendu de livrer les pierres tumulaires où sont inscrits les épitaphes des martyrs, parce qu’on les recueille dans un musée chrétien, Mais Mgr de Salinis, que le pape