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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/39

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fortifier ses heureuses dispositions par un travail incessant. Elle reparut au Théâtre-Français, alors au faubourg Saint-Germain, et y joua dans les rôles d’Alzire, de Mérope, de Zelmire, etc., en y joignant ceux d’amoureuses dans la comédie. Elle parvint ainsi au titre de sociétaire à quart de part. Ce ne fut que quinze ans plus tard qu’elle prit les rôles à caractère, et qu’elle s’y fit une bonne et durable réputation qui se continua jusqu’à la fin de sa carrière. Mlle Thénard était excellente dans les pièces de Molière, et très remarquable dans la baronne de la Fausse Agnès ; de Mme Abraham de l’École des bourgeois, à côté de Fleury, de Molé, de Préville, et près de Mlles Contat, Joly, Demerson, et tant d’autres grands talents, sans y paraître jamais déplacée. Sa figure, qui manquait d’animation, parut un peu froide dans les premières années, mais finit par prendre une grande mobilité. Dans ses derniers emplois elle devint un modèle par son expression comique et son jeu de franche allure. Enfin, cette actrice, dont se ressouviennent encore quelques amateurs, fut une sociétaire très-précieuse pour son théâtre. Par une rare exception elle fut toujours sans caprices, sans mauvais vouloir, toujours prête à jouer. Lorsqu’elle n’assistait pas aux assemblées du répertoire de la semaine, elle écrivait au semainier : « Ne me consultez pas, mettez-moi sur l’affiche en telles pièces qu’il sera utile. On peut toujours compter sur moi, à moins que le diable ne s’en méle. » Habituée qu’elle était de mêler à sa conversation quelques petits jurons qui égayaient ses camarades et ses amis, dont elle ne manqua jamais; car c’était une excellente femme, pleine de cœur, de générosité, et bien-faisante à l’excès. — Elle eut deux fils et une fille qui suivirent la même carrière. (Voyez l’article suivant.) Après avoir pris sa retraite vers 1826, avec une pension de 7,000 fr., vu ses longs services, elle perdit la vue, tout en conservant assez de gaieté, et vécut avec sa fille, qui lui prodigua tous les soins possibles. Mlle Thénard mourut en 1846, dans un âge très-avancé. Z.


THÉNARD aîné (Etienne-Ant.), fils de la précédente, débuta à la Comédie-Française dans les rôles de valets ; ce qui était pour lui une tâche-difficile, venant après les Préville, les Dugazon, les Larochelle, etc. Il y réussit néanmoins ; le public lui donna de grands encouragements et l’administration le seconda de son mieux, tant se faisait sentir le besoin d’un comique qui doublât Dugazon et Dazincourt. Sa mère lui fut aussi d’un grand secours, et ne voulut pas être témoin d’un échec pareil à celui de son frère (Auguste), lequel avait débuté sans succès l’année précédente. En 1806, Thénard aîné jouait les premiers comiques à Lyon, où il fut très-bien accueilli, à ce point que les Lyonnais redoutaient que le théâtre de Paris ne le leur enlevât, ce qui arriva au commencement de 1807. Appelé en effet à Paris, il y débuta, de nouveau le 3 nov. suivant par le rôle de Pasquin, dans le Dissipateur. Il avait alors vingt-huit ans. Sa figure manquait de mobilité; mais son organe, la distinction de son jeu, le firent parfaitement accueillir. Il se montra ensuite plus avantageusement encore dans le rôle de Desmazures de la Fausse Agnés. A l’époque de ses débuts, Dazincourt